La relation klaxon

DSCN2488Je vais évoquer aujourd’hui avec vous un mode de communication très fréquent : l’habitude que nous avons de parler sur l’autre et non à l’autre. Jacques Salomé a appelé cette façon de communiquer la relation klaxon, car elle consiste à dire sans cesse « tu…tu…tu… » 🙂

En voici un exemple : « tu n’écoutes pas ce que je te dis…tu as encore fait ceci…tu devrais faire plus attention… ».

Si nous imaginons le lien qu’il y a entre nous et l’autre et que nous le visualisons par une écharpe (voir mon article sur l’écharpe relationnelle), lorsque nous disons « tu », nous ne sommes plus à notre bout de la relation, mais à celui de l’autre. Nous quittons notre place dans la relation pour venir prendre en quelque sorte celle de l’autre.

Le « tu » consiste donc à parler sur l’autre. Jacques Salomé nous dit à ce sujet que nous vivons dans une culture de l’hétéro-définition : c’est-à-dire que nous passons notre temps à définir les autres, sans nous positionner nous-mêmes. Le « tu »nous permet de faire l’économie de notre responsabilité dans la relation. Il est ainsi plus facile de parler sur l’autre que de prendre le risque de parler de soi.

Comment vous sentez-vous habituellement lorsque quelqu’un vous parle en disant « tu » ? Personnellement, je peux me sentir un peu oppressée, moins libre et cela me donne envie de prendre de la distance avec l’autre. Le « tu » entrave la créativité et la souplesse des échanges. Il génère des rapports de nature dominant/dominé : l’un sait mieux que l’autre ce qui est bon ou pas, ce qu’il faut penser, dire, faire…

Cela commence très tôt dans notre vie puisque la relation klaxon est très pratiquée envers les enfants. Parents et enseignants ont souvent tendance à user et abuser du « tu ». Cela est assez contre-productif. Certes l’adulte est en position de force, de par son statut. Employer le « tu ne fait qu’aggraver ce déséquilibre et ne laisse pas d’autre choix à l’enfant que de se soumettre ou de s’opposer. Il n’accède pas à sa liberté d’être.

C’est pourquoi l’usage du « tu » est toxique. Il étouffe les relations au lieu de les rendre vivantes.

Si vous acceptez de laisser tomber l’usage du « tu » (si, si, c’est possible ;)), vous expérimenterez par vous-même une petite révolution. Celle de pouvoir dire à quelqu’un par exemple « je te demande de m’écouter », au lieu de « tu ne m’écoutes pas ».

J’espère que vous pourrez constater à quel point cela change la qualité des échanges et de la relation. Il s’agit bien de sortir d’un rapport de force : je ne sais pas à la place de l’autre ce qui est bon pour lui (mais par contre, je peux déjà savoir pour moi, ce sera déjà bien!). Ainsi, j’arrête définir l’autre, de vouloir lui dicter sa conduite mais je peux commencer à témoigner de moi, me définir, me positionner…

Chaque fois qu’il est possible, je vous propose donc d’abandonner la relation klaxon et d’utiliser le « je ». Pour cela, je vous invite à lire ou à relire mon article consacré à l’apprentissage du « je.

Bonne mise en pratique !

Je réponds à vos questions dans les commentaires, si vous en avez.

PS : si vous ne l’avez pas encore fait, je vous propose de vous abonner à mon blog, c’est gratuit et je vous enverrai une charte du bien-être relationnel, ainsi que les prochains articles.

10 responses .

  1. Bonjour,

    Merci de cet article, je suis tout-à-fait d’accord, pour l’avoir expérimenté autour de moi.
    J’essaye de la pratiquer continuellement.
    Et oh que ouiiiiiii comme les choses changent ! Nous sommes beaucoup plus entendus et écoutés !
    Je dirais même que j’évite aussi la communication avec le « te ou le vous », je préfère dire « il serait bien de m’écouter » plutôt que « je te demande de m’écouter » qui me parait plus agressif à mes oreilles;

    Belle journée ensoleillée.

    Michèle Postel
    Sophrologue et praticienne en massages de Bien-Être, massage bébé et femme enceinte

    • Anaïs dit :

      Merci, Michèle, pour votre témoignage.

      J’enseigne et je préfère dire « je te demande de m’écouter » plutôt que « il serait bien de m’écouter ». Car la 2ème formulation reste impersonnelle alors que c’est bien moi qui demande cela à l’autre. Je propose de personnaliser les échanges.

      Bien à vous,

      Anaïs

  2. Mammatico dit :

    Bonjour Anaïs
    mieux communiquer, pour se respecter et respecter les autres, est un long apprentissage… Et comme tous les longs apprentissages, il nécessite de la patience et de la répétition. Merci de tes articles qui nous permettent petit à petit de s’imprégner de ces bonnes pratiques de communication. Pour ma part, cela me fait du bien de relire qu’il vaut mieux utiliser le « je » plutôt que le « tu »! Je l’avais lu dans ton article sur l’apprentissage du « je », mais les changements profonds étant toujours longs à intégrer, le relire une nouvelle fois était indispensable. Après la lecture de ton article je repars avec une nouvelle motivation pour continuer sur cette voie, en espérant « klaxoner » de moins en moins mon entourage, à commencer par mes enfants! Je te remercie pour cela!
    Au plaisir de te lire à nouveau,
    Mammatico.

  3. patrick LE BRETON dit :

    Il y a aussi le « tu » interrogatif ou « tu » empathique : c est un « bon » tu.
    Exemple : « comment te sens tu quand je te dis cela ? »
    Il peut permettre une connexion très profonde.
    Cela est développé dans le blog :
    Communicationbienveillante.eu dans l exemple evoquant les becassines.

    • Anaïs dit :

      Merci Patrick pour ces précisions.

      Oui, certains « tu »ne sont pas nocifs, ce sont des « tu »d’intimité.

      • patrick LE BRETON dit :

        Le « tu » de l empathie est un outil très puissant de connexion . Il peut provoquer un grand calme en fin de processus.
        Des exemples sont traités dans le petit cahier d exercices pour s affirmer et oser dire non de Anne van stappen et petit cahier d exercices de communication non violente -page 44. Meme auteur.

        • Anaïs dit :

          La Méthode ESPERE nous enseigne à parler plutôt à partir du « je ».
          Car tant que je dis « tu », je ne suis pas dans le « je », donc je ne suis pas à mon bout de la relation…

          Exemple : au lieu de dire « comment tu te sens? », il serait possible de dire « je me demande comment tu te sens », ou « je souhaite savoir comment tu vis cela ».
          Cela permet de se positionner dans la relation.

          • patrick LE BRETON dit :

            Le principe de l ’empathie est bien d être « chez l ‘autre » mais comme il faut y aller avec précautions, nous y allons sous forme interrogative. La relation klaxon y va sous forme affirmative et en plus souvent sous forme erronée :généralisations, deformation des faits, etc…… peut etre serait il interessant de comparer sur un même thème, les deroulements et effets de l’empathie et de son équivalent ESPERE.

  4. Véronique Ducornet dit :

    J’ai appris à ne pas commencer une lettre par « je » car ce n’est poli.J’ai appris que trop dire « je », c’est trop parler de soi, donc être égoïste, ou égocentrique.
    Donc, je me demande comment trouver la juste mesure ?

    • Anaïs dit :

      Bonjour Véronique,

      c’est un discours très répandu en effet, que de considérer que dire « je » est égoïste ou égocentrique.

      Je fais une différence entre parler sur soi-même, disant par exemple « je suis quelqu’un d’organisé, d’honnête, ou d’ennuyeux », et parler de soi, c’est-à-dire de ce que je ressens à l’intérieur de moi (émotions, sentiments…). Parler de soi n’est pas égocentrique selon moi, c’est simplement apprendre à parler vrai et à me positionner à mon bout de la relation.
      Ce n’est pas égoïste de parler de soi, s’il y a de la place pour l’autre dans la relation, si je ne monopolise pas tout le temps la parole par exemple.

      En espérant que cela t’aidera à trouver la juste mesure.

      Bien à toi,

      Anaïs

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