Apprendre à refuser

Anaïs EUVERTE écrit le 14 avril 2014
Publié dans La communication relationnelle Tags:communiquer , dire non , refuser

Peut-être faites vous partie des (nombreuses) personnes qui ont des difficultés à poser des refus. Dire non est une épreuve pour beaucoup de gens, c’est pourquoi ils préfèrent parfois dire oui « pour avoir la paix ».

Je vous renvoie sur ce point à un précédent article dans lequel je vous donne la différence entre le désir d’affirmation et le désir d’approbation.

Dire oui alors que nous pensons non ne nous rend pas service même si sur le moment, cela peut nous économiser un conflit ou une déception.

Le manque d’authenticité de notre comportement nous coûtera toujours d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce que parce que nous ne serons pas reconnus tels que nous sommes vraiment.

Ainsi, je voudrais dans cet article vous rappeler d’une part qu’il est possible et souhaitable de pouvoir se respecter suffisamment pour oser dire non, et d’autre part vous donner quelques repères pour vous positionner de façon relationnelle, afin que la relation ne soit pas blessée par votre « non ».

D’abord je voudrais vous rappeler que vous n’avez pas besoin de vous culpabiliser lorsque vous dites « non ». En effet, vous n’êtes pas responsable de la réaction d’une personne à la suite de votre refus. Pour garder cela à l’esprit, je vous invite à utiliser l’écharpe relationnelle. Cet outil permet en effet de bien conscientiser que vous n’êtes responsable que de votre bout de la relation, et pas de celui de l’autre.

Vous êtes donc responsable de votre refus, pas de la réaction de l’autre, vis-à-vis de votre positionnement. Chaque fois que vous dites oui pour ne pas blesser l’autre, pour ne pas le décevoir, vous prenez une responsabilité qui n’est pas la vôtre et vous privez une personne de la possibilité d’être en relation juste avec vous. Vous ne lui laissez pas la chance de pouvoir se positionner à son tour.

D’autre part, voici quelques conseils pour formuler vos refus de façon relationnelle, c’est-à-dire d’une façon qui soit nourrissante pour vos relations.

1) Entendre la demande

Avant de vous précipiter à dire non, je vous invite à prendre le temps d’écouter ce que vous dit la personne et de donner de l’importance à cette demande. En effet, ce n’est pas parce que vous ne pouvez ou ne voulez pas y répondre que cette demande doit être disqualifiée.

Si une personne nous fait une demande, elle prend le risque de notre réponse, c’est pourquoi je vous invite à ne pas juger ou dévaloriser cette demande.

Je vous invite donc à écouter l’autre avec respect, jusqu’au bout.

2) Confirmer

Je vous propose ensuite d’utiliser l’outil de la confirmation pour signifier à l’autre que vous l’avez bien entendu.

Exemple : « Oui, j’ai bien entendu que tu souhaites que je t’accompagne à ce spectacle… »

Cela permettra à la personne de se sentir entendue, de conscientiser que son message est bien arrivé jusqu’à vous, ce qui est essentiel pour une bonne communication.

3) Se positionner

Enfin, il s’agit de donner votre réponse à la demande qui vous est faite, en disant « je », afin de bien vous positionner à votre bout de la relation.

Si je reprends mon exemple, je peux répondre « j’ai d’autres projets pour ce soir » ou « je ne partage pas le désir d’assister à ce spectacle »…

4) Différencier la demande et la personne

Si vous sentez que cela est nécessaire ou si vous constatez que la personne vit mal votre refus, il est toujours possible de préciser qu’il s’agit d’un refus par rapport à cette demande et non contre cette personne.

Exemple : « Ce n’est pas contre toi que je dis non, c’est par rapport à ta demande ».

Il est possible d’utiliser la visualisation pour cela : demander à la personne de prendre un objet pour montrer sa demande, afin de ne pas la confondre avec elle. De la même façon, prendre un objet pour montrer votre refus, afin que vous ne soyez pas confondu avec votre réponse.

Ainsi, en suivant cette trame : écouter la personne dans sa demande, confirmer que vous l’avez entendue, et vous positionner par rapport à cette demande et non contre la personne… vous avez toutes les chances que la personne entende à son tour votre refus. Vous aurez ainsi pris soin de votre relation avec cette personne.

Pour conclure, je vous invite à garder à l’esprit une phrase de Jacques Salomé :

  « c’est en osant dire non que j’ai appris à dire de vrais oui ».

 

3 responses .

  1. Nina dit :

    Bonjour Anaïs,
    ce sujet soulève en moi une question : est-ce que dans la méthode Espere, le processus exposé ci-dessus est également utilisé dans le cas inverse :
    la proposition faite est intéressante, mais la personne qui l’a formule m’est totalement antipathique, voir toxique, il s’agit donc de dire non à la personne. Ou bien y a-t-il un processus différent dans ce cas de figure ?

    • Anaïs dit :

      Bonjour Nina,

      Il m’est difficile de répondre sans situation concrète car il peut y avoir plusieurs cas de figure.

      Je propose de prendre un exemple pour que ce soit plus concret. Une personne me propose une collaboration professionnelle dont les conditions sont très intéressantes. Je n’apprécie pas cette personne, et si j’accepte cette proposition, je vais devoir travailler avec elle. Si je refuse cette proposition, c’est bien à la proposition de travailler avec cette personne que je dis non, ce n’est pas contre la personne elle-même, c’est à la proposition que je dis non.

      Je pense que même dans le cas où j’ai des sentiments négatifs envers une personne, je réponds à une proposition et non contre une personne.

      Ce qui m’amène à dire que je peux avoir des relations correctes avec une personne que je n’apprécie pas ! Car il y a une différence entre les sentiments que j’éprouve et les relations. Cela ne veut pas dire faire semblant ou mentir, mais tout simplement se respecter suffisamment pour respecter l’autre et donc respecter certains principes de communication. C’est pour cela qu’il s’agit d’une éthique de vie, bien plus qu’une simple façon de communiquer !

      Est-ce que je réponds à ta question?

      Si tu le souhaites, je peux répondre avec un exemple de ta part.

  2. Nina dit :

    Oui, merci Anaïs. Je n’ai pas de cas concret à soumettre et ton exemple est tout à fait édifiant. Je me représente bien d’un côté la proposition et de l’autre la personne. Je crois que c’est la triangulation que j’ai encore du mal à me représenter, je veux parler de l’écharpe relationnelle.

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